10. Végétations

Sur les terres sans noms ni numéros,
le vent dévalait d’autres domaines,
la pluie tendait des fils célestes
et le dieu des autels imprégnés
restituait les fleurs et les vies.
Dans la fertilité croissait le temps.
Le jacaranda élevait son écume
de splendeurs outremer,
l’araucaria aux lances hérissées
était la grandeur toisant la neige,
l’acajou primordial
distillait le sang depuis sa cime
et, au sud des mélèzes,
l’arbre tonnerre, l’arbre rouge,
l’arbre épineux du spleen, l’arbre mère,
le flamboyant vermillon, l’arbre à caoutchouc,
étaient volume terrestre, son,
étaient existences territoriales.
Un nouvel arôme propagé
comblait, par les interstices
de la terre, les exhalations
converties en fumée et en parfum:
le tabac sylvestre faisait grimper
son rosier d’air imaginaire…